Nadia C. , d'après "La petite communiste qui ne souriait jamais"

Publié le par Yves POEY

Nadia C. , d'après "La petite communiste qui ne souriait jamais"

Ils étaient fous ces Roumains !

Fous de leur idole Nadia C., cette gamine, cette Nadia Comaneci qui va enflammer le monde entier dans les années 70 !

Mais les plus fous de tous ces Roumains étaient bien entendu le Conducator Ceausescu et sa femme, ces dirigeants qui vont plonger le pays dans un marasme économique et une dictature implacable, sanguinaire.

Voilà en substance ce que racontait le livre de Lola Lafon, « La petite communiste qui ne souriait jamais », (Actes-Sud, 2004) duquel Chloé Dabert, la metteure en scène a tiré cette pièce très originale.

Cette coproduction Comédie Française / le 104 m'a bluffé : c'était un véritable challenge de raconter cette histoire-là. Une gageure à la fois artistique et sportive, presque....
Chloé Dabert a su relever ce défi et ce, de brillante façon.

Il faut dire qu'elle a su s'entourer de trois comédiennes fascinantes.
Anna Cervinka, et Suliane Brahim, du Français, rejointes pour l'occasion par Alexandrine Serre, se répartissent à elles trois le rôle du narrateur.
Chacune leur tour, elles évoquent les grandes étapes de ce biopic théâtral, avec le concours du vidéaste Pierre Nouvel, qui les a dotées d'instruments numériques à la pomme croquée pour diffuser sur grand écran leurs visages et leurs mouvements.

La pensionnaire Anna Cervinka et la toute nouvelle sociétaire Suliane Brahim racontent l'épopée comaneciste, en justaucorps bleu ou rouge. On est véritablement dans l'ambiance !
Elle savent véritablement nous captiver : je n'imaginais pas trop un jour me prendre d'un réel intérêt pour ce sujet-là.

Le côté sportif est suggéré, stylisé même, par Alexandrine Serre, qui se révèle, en plus d'être une bonne comédienne, être une spécialiste de pool-dance.
Cette barre verticale sur laquelle elle réalise de vraies prouesses symbolise évidemment les agrès de la petite Roumaine.
C'est là une vraie trouvaille scénographique.

Mais bien entendu, cette pièce est également (et peut-être surtout) une pièce politique : la folie meurtrière du régime est évoquée, ainsi que la liaison forcée de Nadia avec le fils Ceauscescu, sans oublier la fuite à l'ouest de la jeune gymnaste.

Et puis Suliane Brahim, dans un long monologue glaçant, va poser de vraies questions à propos de ce qu'est devenue la Roumanie :
« Avons-nous donné nos vies, [ndlr : nous, le peuple Roumain] pour toujours plus de Coca-Cola et de Mac Do' ? »
« Qu'avons-nous fait de notre liberté ? »
Dans la salle, à ce moment précis, on aurait entendu une mouche bucarestoise voler, avant de tomber dans les eaux froides de la Dambovita....

La comédienne, de sa voix grave et un peu éraillée, sait nous procurer des frissons dans le dos.
Fascinante, vous dis-je !

Pour une belle soirée, c'en était une !
Une belle soirée que l'on doit à des femmes qui ont su raconter l'histoire d'une autre femme.

Publié dans Critique

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JP Leroy 17/01/2017 20:27

Merci pour vos commentaires. Voici les miens: http://la-petite-communiste.blogspot.com