Les voisins

Publié le par Yves POEY

Les voisins

Connaît-on vraiment les gens qui nous sont proches ?
Connaît-on vraiment ses voisins avec qui l'on partage une terrasse commune depuis au moins quinze ans ?

C'est à cette principale question que nous fait réfléchir Michel Vinaver, ce jeune et indispensable auteur de théâtre de 88 ans, dans cette pièce écrite en 1983 et créée trois ans plus tard dans une mise en scène d'Alain Françon.

Blason et Laheu, en effet, les personnages principaux, se côtoient depuis pas mal d'années.
Une soudaine péripétie va les pousser à se découvrir l'un vis-à-vis de l'autre, tout en rapprochant leurs deux enfants, et en mettant en exergue l'une des fascinations de Vinaver : le pouvoir et les dangers de l'entreprise et de l'argent. (Ici, l'or, en l'occurence...).

Marc Paquien nous propose une magnifique et subtile mise en scène « minimaliste », qui met incroyablement en valeur Lionel Abelanski et surtout Patrick Catalifo.
Les deux acteurs, chacun dans leur registre font passer toutes sortes d'émotions pendant cette heure et demie que dure la pièce. (Catalifo tout en force et en véhémence, Abelanski étant plus dans l'intériorisation...)
Mais les deux « petits jeunes », Alice Berger et Loïc Mobihan, sont eux aussi épatants : la scène « à quatre pattes » est assez bouleversante...
( Je rappelle également que lors de la création, le rôle de Mobihan était interprété par un certain.... Charles Berling, Anouk Grinberg, la propre fille de l'auteur interprétant celui d'Alice. )

Paquien, dont on se souvient de la sublime « Antigone » voici trois saisons à la Comédie Française, va à l'essentiel : le texte, le texte, le texte !
J'ai été véritablement subjugué par la façon qu'il a de faire s'approprier à ses comédiens un texte apparemment anodin, et pourtant lourd de sous-entendus, de chausse-trappes, d'évocations de personnages absents mais récurrents...
Et il le fait en leur demandant énormément de subtilité, sous d'apparents gros traits de caractère.
Ça sonne juste, ça sonne vrai, ça sonne bien !

Dans la plaquette qui est remise avant le spectacle, le metteur en scène évoque l'évidence et son envie de travailler un texte de Vinaver. On comprend bien pourquoi.

Alors évidemment, il y a cette fin.
Cette fin « ouverte », cette fin qui n'en est pas une et qui pose peut-être la vraie question : le pourquoi de tout ça ?
Je ne dévoilerai évidemment pas mon point de vue, et/ou ce que je pense avoir compris, mais l'un des mérites du théâtre de Vivaver est à mon sens de continuer une fois les applaudissements terminés.

C'est bien entendu le propre des grands auteurs, et c'est le propre des grands metteurs en scène de permettre aux spectateurs que nous sommes ce paradoxe théâtral.

Publié dans Critique

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