Le portrait de Dorian Gray

Publié le par Yves POEY

Le portrait de Dorian Gray

« Cinquante nuances de Gray », c'est ainsi que Thomas Le Douarec aurait pu sous-titrer sa pièce, tellement son adaptation du seul roman écrit par Oscar Wilde est subtile, pertinente et au final réussie.

Oui, il a vraiment su traduire sur un plateau les affres de ce jeune dandy en pleine époque victorienne, pudibonde et corsetée en diable.

Ce Faust britannique est ici mis en scène d'une façon qui rend totalement hommage à ce roman fantastique qui, on ne le rappellera jamais assez, valut la prison à son auteur.

Le quatuor d'acteurs s'en donne à coeur joie, avec un Thomas Le Douarec qui est parfait en Lord Henry, âme damnée, machiavélique à souhait et luciférienne au possible, qui en rencontrant Dorian, (le très juste Valentin de Carbonnières) enclenchera le mécanisme du pacte.
L'éternelle jeunesse a un prix.
Ici, en l'occurrence, de véritables et très lourds tributs !

C'est Le Douarec qui provoque bien souvent les rires de la salle avec des bons mots, des répliques cinglantes et les pensées définitives wildiennes :
« Le seul charme du mariage, c'est le mensonge ! »
« Un smoking rend même un député de gauche présentable ! »
« Ce portrait plairait aux vieux, si tant est que les vieux puissent ressentir des émotions ! »

On l'aura compris, il prend totalement à sa charge le cynisme, la misogynie et la misanthropie de Wilde.

Une mention également à la scène du théâtre à l'intérieur du théâtre (hommage à la mise en abyme de Shakespeare dans "le songe d'une nuit d'été"), une scène très réussie qui permet à Lucile Marquis, incarnant le premier amour du jeune dandy, de briller et de provoquer bien des rires elle aussi.
(C'était en effet elle qui interprétait le rôle ce soir là, les comédiens jouant en alternance.)

Tout au long de cette heure et demie, les tableaux s'enchaînent à toute allure, avec des costumes très réussis et des lumières assez sophistiquées.

Cerise sur le gâteau, ce qui suit le tomber du torchon vaut également le spectacle.
Mais je n'en dirai pas plus.

Pas étonnant qu'après sa création au Lucernaire, cette production soit reprise depuis quelques jours à la Comédie des Champs-Elysées, à la jauge plus importante.

Une vraie réussite, une soirée délicieuse !

Publié dans Critique

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