Le loup

Publié le par Yves POEY

Le loup

Promenons-nous à la Comédie française, pendant que le loup y est !

Eric Ruf nous propose au Studio-Théâtre du Louvre la reprise de la mise en scène de la sociétaire Véronique Vella, qui a déjà été donnée en 2009 et 2011.
Et c'est tant mieux.

Je trouve personnellement que les comédiens français ne sont jamais aussi bons et inspirés que lorsqu'ils s'adressent - à priori - aux enfants.
C'est mon avis, et je le partage.
Car dans la maison, on sait bien qu'on ne doit pas prendre les mômes pour ce qu'ils ne sont pas : ici, on fait le pari de l'intelligence, de la compréhension du non-dit et du non-explicite.
Bref, on fait réfléchir enfants et adultes.

Car en effet, il serait dommage de laisser cette production aux petits.
Véronique Vella s'empare du plus célèbre conte du chat perché, et grâce à ses camarades, réussit parfaitement à mettre en "images vivantes" les mots de Marcel Aymé.

Dans un très beau décor organique signé du patron du Français, (la forêt, la maison oppressante mais pleine de vides sont épatantes...) les comédiens jouent pleinement, chantent (très bien), et donnent l'impression de vraiment s'amuser.
L'espace est pleinement utilisé, que ce soit sur le plan horizontal ou sur le plan vertical. On sent un décor habité, pleinement investi.

Le loup est particulièrement réussi : les multiples facettes du personnage sont brillamment évoquées avec tout le savoir-faire et le talent de Michel Vuillermoz.
Florence Viala et Elsa Lepoivre, qui n'ont pas le physique de "petites filles" sont remarquables dans leur capacité à endosser le manteau d'une enfance non caricaturée.

J'ai beaucoup aimé le parti-pris de Véronique Vella de faire partager le texte du narrateur par les différents personnages : tout le monde raconte l'histoire, en même temps que tout le monde l'interprète.
Et puis, elle a su faire en sorte que tout le monde puisse faire son miel de cette production : de multiples entrées peuvent être abordées : l'interdit, la transgression, la différence, la repentance, la réhabilitation, etc, etc...

Une vraie réussite.
Et par les temps qui courent, il ne faut surtout pas se priver des vraies réussites !

Publié dans Critique

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