Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Publié le par Yves POEY

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Elémentaire, mon cher Christopher !

Quand on est un jeune autiste de 15 ans (syndrome d'Asperger au plus haut point), quand on est un prodige des mathématiques et de la logique, et quand, en vrai fan de Sherlock Holmes, on se lance dans une enquête consistant à retrouver l'assassin du chien de la voisine, il faut s'attendre à déclencher bien des événements en cascade et bien des sensations fortes au sein de sa propre famille.

Mais bien entendu, c'est chez nous autres, les spectateurs, que Christopher va provoquer le plus grand émoi et le plus grand trouble.

Comment ne pas se sentir concerné par la différence de ce jeune homme, et sa façon d'affronter, avec son handicap, la vie de tous les jours ?
Comment ne pas être troublé en constatant que le regard du héros sur la réalité quotidienne n'est pas exactement (c'est un euphémisme) le même que le nôtre ?
Comment ne pas se projeter dans le regard de tous les personnages qui côtoient le héros de cette pièce pendant les deux heures quinze que dure ce beau spectacle ?

Le metteur en scène, Philippe Adrien, a su éviter tout pathos inapproprié.
Il est allé à l'essentiel : ses trouvailles scénographiques sont souvent percutantes et très efficaces. S'il n'a à sa disposition évidemment pas les moyens du National Theater de Londres (où j'ai vu cette pièce l'an passé), il s'en sort pour le mieux.
Deux de ses choix m'ont fasciné : l'utilisation d'un petit train électrique et le mur sur roulette percé d'une fenêtre qui permet au personnage principal un running gag qui fonctionne admirablement.

C'est Pierre Lefebvre qui tient le rôle principal, dans lequel il est véritablement prodigieux d'inventivité, de drôlerie et de justesse. (Incarner un autiste ne doit vraiment pas aller de soi...)
Il emmène avec grâce et enthousiasme les huit autres comédiens, eux aussi très justes et très inspirés.
Ce jeune acteur est à surveiller de près : nul doute qu'il est à l'orée d'une très belle carrière.

Des lumières efficaces et des projections video permettent d'ouvrir le plateau et de multiplier les lieux.

Une très belle soirée ! On rit, on est ému, on réfléchit, on est pris à parti : que demander de plus au théâtre ?

(Il faut noter que le texte de la pièce tiré par Simon Stephens du roman de Mark Haddon avait été lu par les comédiens du Français et sélectionné par le groupe des Spectateurs engagés de la Comédie française pour une éventuelle future mise en production .)

Publié dans Critique

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