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Je parle à un homme qui ne tient pas en place

(c) Photo Y.P. -

(c) Photo Y.P. -

C'est pas l'Jacques qui prend la mer,
C'est pas la mer qui prend l'Gamblin !


Non.
Jacques Gamblin reste à terre. Lui.
Celui qui va affronter l'élément liquide, c'est Thomas Coville, le navigateur aux multiples trophées, élu Marin de l'année par la Fédération Française de Voile.


Les deux hommes sont voisins, là-bas, au bord de l'océan. Il se connaissent depuis quelques années maintenant.
Ce spectacle, c'est l'histoire d'une amitié pas comme les autres, l'histoire d'une correspondance elle non plus pas comme les autres.


En 2014, le marin repart en solitaire sur l'eau salée, à la barre d'un véritable monstre technologique.
31 m de long, 21,20 m de large, 35 m de mât, 663 m2 de voile au portant, pour seulement 4,50 m de tirant d'eau ! Un monstre, vous dis-je...


Tout a commencé par une adresse mail. Une adresse que Coville confie à Gamblin pour que ce dernier puisse correspondre avec le marin. Lui ne pourra pas forcément répondre, occupé qu'il sera à se battre avec la flotte.


La pudeur des mots. La pudeur des sentiments. Des mots et des sentiments qui vont décrire une relation indescriptible tellement elle est forte.
Qu'est-ce que l'homme-Gamblin peut bien écrire, que peut-il dire à cet autre homme qui lutte, qui en bave dans un combat de toutes les minutes ?
Sera posée une question essentielle et fondamentale : « qu'est-ce qui nous relie ? »


Le comédien est au clavier de son ordinateur portable. Il se retourne souvent, à chaque changement de date, pour suivre la progression de son ami. Un ami qui n'est plus matérialisé que par un petit point jaune sur une gigantesque carte marine.
Les mots des courriels sont très beaux, pudiques.


De sa voix reconnaissable entre toutes, de sa gestuelle empreinte de délicatesse, de ses mouvements dansés avec grâce, Jacques Gamblin nous les livre, ces mots, intimes et intenses.


Il nous fait bien rire, également. Notamment au cours d'un passage où il tente de vulgariser le phénomène du « Pot au Noir ».


Et puis, coup de théâtre, ce sera l'abandon de Thomas Coville.
Même le plus capé des navigateurs ne peut lutter contre une énorme zone de glace. Il faut savoir renoncer. Continuer, ç'aurait été se suicider...


Jacques Gamblin va alors nous dire les mots du marin, qui a désormais plus de temps pour écrire. Qui pourtant pense ne pas savoir écrire. Qui n'a jamais osé se livrer de la sorte, même pas à sa femme.
Ce moment du spectacle est simplement bouleversant, allant même jusqu'à évoquer une dimension psychanalytique.


Le matin se livre à un véritable questionnement personnel.

Qu'est-ce que renoncer, qu'est-ce qu'abandonner, vis-à-vis de soi-même, de sa femme, de ses enfants, qu'est-ce qu'échouer ?
Quelle est la place d'un homme dans cet immensité liquide, mais surtout au sein du Cosmos (au sens que donnaient les Grecs anciens à ce concept) ?


Le point jaune grandit de plus en plus à mesure que le retour se poursuit. (Je ne vous en dirai pas plus sur cet aspect scénographique et dramaturgique très réussi ! )

 

Et puis, c'est le retour à Brest.
Jacques Gamblin va alors raconter un incroyable moment, l'un des plus émouvant moments qui soient.
Une étreinte. L'étreinte des deux hommes se retrouvant sur le quai.
Le temps se dilate, alors. Ce moment simple, chargé d'émotion, devient un long passage poétique, un long chant d'amour fraternel, simple et sublime à la fois.

Deux hommes se retrouvent. Deux êtres humains. Deux frères en humanité.


Nous sommes alors au-delà des mots. L'émotion est alors à son comble. J'avais les larmes aux yeux.

Et puis ce sera une image très forte qui constituera la dernière scène du spectacle.
Une étreinte. En jaune.

C'est un spectacle bouleversant.
Un spectacle qui nous décrit une valeur essentielle, la fraternité humaine.
Une fraternité qui unit deux personnes.
Deux hommes. Des êtres humains.

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Il faut noter qu'après les salves nourries d'applaudissements, Jacques Gamblin est revenu sur scène.
Au cours de la représentation, il a dû s'arrêter. Un téléphone portable ayant sonné.
Il s'est interrompu, il a attendu que la propriétaire l'éteigne, ayant du mal à retrouver ensuite le fil de son texte.
Il est donc revenu nous dire ce qu'un comédien ressent lors d'une telle violence que constitue ce genre d'interruption.

Oui, c'est une violence. Oui, on est bien au delà du manque de respect.
"C'est mon jouet que l'on casse !", nous confiait-il.

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