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Un amour exemplaire

(c) Photo Y.P. -

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L'amour peut-il être exemplaire ?
Vous avez une heure et quinze minutes.


Pour Daniel Pennac, la réponse à la question posée est oui. Définitivement oui !
A condition toutefois que cet amour soit "improductif".
C'est tout du moins le qualificatif utilisé par Jean et Germaine pour définir leur relation amoureuse.


Ces deux personnages, le père de Benjamin Malaussène les a connus. Tout môme.
Fasciné qu'il était, le petit Daniel, par ces deux-là. Parce que ce couple n'était pas un couple ordinaire.
Improductif, on vous dit : pas d'enfants (pas « d'intermédiaires »), pas de voyages programmés, pas de travail non plus. (Pour Jean, « en amour, le travail est une séparation » !)
Vous avouerez qu'il y avait de quoi émerveiller un gamin de huit ans...


On le sait, cet amour exemplaire, c'est avant tout une bande dessinée de Pennac et de Florence Cestac aux pinceaux.


Deuxième question de cours : peut-on adapter une bande dessinée au théâtre ?
Vous avez à nouveau une heure et quinze minutes.


C'est Clara Bauer, qui a déjà mis en scène l'auteur de la Fée Carabine, qui va nous proposer une nouvelle réponse affirmative.
Pour ce faire, la metteure en scène a eu la judicieuse idée d'embaucher la co-créatrice elle-même de la bande-dessinée. 
Après tout, quoi de plus logique !


Melle Cestac est donc sur scène, côté cour, à sa planche à dessin.
Au dessus-d'elle, une caméra la filmera en pleine création graphique. Ses dessins seront projetés en direct sur un grand écran au lointain.


C'est d'ailleurs elle qui commence le spectacle, au gros pinceau noir.
Avec à la fois la vigueur et la force habituelles de son trait, elle nous donne à découvrir des arbres, une colline, un paysage méditerranéen.
Cette introduction picturale va donner le ton au spectacle.


Daniel Pennac, à tout seigneur tout honneur, est le narrateur. Il est le mieux placé pour raconter sa propre histoire.


Les deux amoureux exemplaires seront bien entendu sur le plateau, en la personne de Marie-Elisabeth Cornet et Laurent Natrella, le sociétaire bien connu de la Comédie Française. Les deux donnent vie de bien belle façon aux personnages originaux.


La mécanique scénographique de Clara Bauer fonctionne.

Cette fable anti-conformité va se dérouler de façon chronologique. De la rencontre du petit Daniel à..... (Je vous laisse découvrir.)


Nous verrons donc les deux personnages en chair et en os, et sous la forme des illustrations projetés par la dessinatrice. (La scène du « nez-patate » est jubilatoire...)
Si en pédagogie, il est de notoriété publique de ne proposer qu'un seul acte didactique à la fois, ici, le fait de devoir regarder en même temps le plateau et l'écran pour comprendre tous les enjeux, ceci n'est pas très gênant.
Même si l'on peut parfois regretter que les comédiens ne soient pas davantage sollicités... Mais on voit mal comment il pourrait en être autrement.

 

Pako Ioffredo jouera le rôle de l'accessoiriste muet (son introduction pré-spectacle pour nous faire éteindre nos portables est drôlissime...), mais également et surtout le rôle du père de Germaine. Avec un accent italien (napolitain?) à couper au couteau, il incarne ce marchand de peaux de lapins avec une vraie faconde et une réelle truculence.


Le rythme de la pièce est alerte, nerveux, l'écriture dramaturgique rejoint celle des cases de l'album.
Le challenge de Clara Bauer est relevé haut la main.
La fin de l'histoire sera du Pennac pur jus, un moment d'une grande intensité dramatique. Tout le monde regarde avec émotion le grand écran. Comédiens et spectateurs.

C'est donc au final un beau spectacle revigorant, un spectacle qui fait du bien.
Un moment de théâtre qui rassure et redonne confiance dans le genre humain.
Oui, Daniel Pennac et Florence Cestac nous auront magistralement démontré qu'on peut dépareiller de ses congénères, et qu'on peut aimer d'une façon à la fois exemplaire et improductive.

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