Enfance

Publié le par Yves POEY

(c) Photo Y.P. -

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Mais quel grand moment de théâtre !

Mais quelle magnifique adaptation du livre "Enfance" de Nathalie Sarraute !

Mais quelle bouleversante comédienne que Valérie Aubert, mise en scène par Samir Siad !

 

Les deux artistes ont en effet entrepris de transcrire le texte de la grande écrivain (un texte écrit à l'âge de 83 ans).

 

Ce texte, à l'origine constitué de soixante-dix "fragments", que Mme Sarraute qualifiait de "poèmes en prose", il a fallu l'adapter, d'autant qu'il compte également une vingtaine de personnages.

 

Le choix s'est porté sur dix de ces fragments, qui chacun revient sur les blessures, voire les traumatismes propres à l'enfance.

 

Oui, Nathalie Sarraute présentait un important point commun avec Jules Renard : une relation très compliquée avec leur mère, pour ne pas parler de franche détestation.

 

Ces petits moments d'enfance sont purement et simplement bouleversants.

 

Dans la bouche de Valérie Aubert, les mots de Sarraute prennent vie, elle les dit, elle les vit.

 

Elle porte à nos oreilles les sensations éprouvées, les révoltes enfantines, les interdits imposés (Ah ! Ce "Ne fais pas ça ! "), les angoisses juvéniles aussi...

 

L'un de ces fragments m'a particulièrement ému.

 

La mère coupe le rôti dominical, distribue les morceaux.

Elle garde sciemment les plus petits pour la bonne.

La petite Nathalie comprend alors que des adultes peuvent en discriminer d'autres !

 

Bien entendu, les mots de l'écrivain dits par Melle Aubert transcendent et subliment ceux que je viens d'écrire !

 

(Je rappelle au passage que Nathalie Sarraute sera elle aussi victime de discrimination, puisque radiée du Barreau de Paris en 1940, en raison des lois anti-juives...)

 

Fidèle au texte, Valérie Aubert n'est pas " tout à fait seule " sur scène. Elle incarne également " un double ".

Ce double sert à l'auteur à mettre en évidence la sincérité de ces souvenirs.

 

Durant ces moments Samir Siad a pris le parti d'amplifier la voix de la comédienne au moyen d'un micro frontal. C'est une riche idée, l'effet est saisissant.

 

Il faut noter également les lumières délicates et subtiles de Sébastien Célérier, qui accompagnent très habilement la comédienne.

 

Cédric Altadill a quant à lui réalisé une bande-son qui elle aussi sert pleinement le propos de la pièce.

 

Au final, et je me répète, tellement c'est une évidence pour moi, ce fut un vrai grand moment de théâtre.

 

Tous les enseignants, tous les éducateurs, tous ceux qui de près ou de loin ont affaire au monde de l'enfance, tous ceux-là devraient aller au Petit-Montparnasse voir et écouter attentivement ce spectacle.

 

Merci beaucoup Valérie Aubert et Samir Siad !

 

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Après la représentation, j'ai réalisé une interview Web radio de la comédienne et de son metteur en scène.

Vous retrouverez cet entretien dans les jours qui suivent.

Enfance

Publié dans Critique

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